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Le barrage de Beaumont-Monteux

 

                                                            

 

Genèse du projet



            Le premier aménagement hydroélectrique de la Basse Isère a été le fruit d’une longue gestation qu’il convient de résumer car elle est caractéristique des problèmes rencontrés par les premiers aménageurs privés agissant dans un contexte réglementaire inadapté à de grands aménagements hydroélectriques.
            Le premier projet établi par les services des Ponts et Chaussées et déposé en 1893 par la Société d’Études pour l’utilisation des forces motrices de l’Isère en vue de l’alimentation des villes de Valence, Romans et Bourg-de-Péage n’a pas abouti.
            À partir de 1899, la Société des Grands Travaux de Marseille, SGTM, spécialisée dans les grands travaux portuaires et ferroviaires en zone méditerranéenne, s’intéresse à ce site pour un gros utilisateur : Schneider. D’autres acteurs sont présents comme les Forces Motrices du Vercors.

 
 
            Un nouveau projet est établi et déposé en 1910 par un ingénieur-conseil Suisse Adrien Palaz pour le compte de la Société des Forces Motrices de la Haute Durance et de son client l’Énergie Électrique du Littoral Méditerranéen qui ont réalisé Ventavon sur la Durance (1906-1909).
 
Le chantier de construction du barrage vers 1917 ou 1918.
 


Les vicissitudes de l’instruction administrative.



            La première demande de concession déposée en 1899, sera renouvelée à plusieurs reprises et donnera lieu à deux enquêtes publiques en 1906 et 1912.
          
            Un concession de travaux publics sera finalement accordée en 1914 du fait de l’urgence, à condition que le pétitionnaire s’engage à demander une concession suivant la loi sur l’hydraulique en préparation. Ces difficultés ont été le résultat du « bras de fer » qui a opposé les aménageurs aux pouvoirs publics dans la difficile mise au point de la loi de 1919 ; En effet les deux parties avaient bien conscience que le Cahier des Charges de Beaumont-Monteux serait ensuite adopté pour tous les futurs aménagements.

            En 1913, la SGTM trouve deux nouveaux partenaires : la Compagnie Électrique de la Loire et du Centre (Saint-Étienne) et la Compagnie des Aciéries et Forges de la Marine et d’Homécourt (Saint-Chamond).

 
 
           En 1916, au début des travaux ; la concession est transférée à la Société de l’Énergie Électrique de la Basse Isère créée pour la circonstance. Le groupe financier Giros et Loucheur entre au capital.
 
Construction des bâches de turbines.
 


L’insertion dans son environnement.


            Dés l’origine, en 1901, le projet a été bien accueilli localement, tant par les élus locaux que par la chambre de commerce et d’industrie de la Drôme car on manque cruellement d’énergie. La longueur de la préparation du projet et de l’instruction (15 ans) provoquera cependant quelques manifestations d’impatience.
            Les réactions défavorables sont venues des usagers de la navigation et du flottage sur l’Isère : Fonderie de canons de Saint-Gervais, Chambre de commerce de Grenoble, municipalité et flotteurs de Saint-Nazaire-en-Royans qui voyaient, à juste titre, dans ces ouvrages, un obstacle à la navigation.
            En effet l’Isère était au XXe siècle, une voie de navigation importante, empruntée par des chalands tirés par des bœufs. Les troncs d’arbres des forêts du Vercors descendaient par flottage ou bien étaient assemblés en radeaux qui servaient aussi de plateforme pour transporter des marchandises et plus particulièrement du tuf. Mais en 1864 avec la mise en service de la voie ferrée Valence-Grenoble, la navigation a décliné progressivement.


La construction.

            La construction sera conduite entre 1916 et 1921 par un consortium de quatre entreprises piloté par SGTM qui réalise les études d’exécution. Quoique important pour l’époque, Beaumont-Monteux ne constituait par une première pour ce type d’ouvrage. En effet, le canal de Jonage et Cusset près de Lyon avait été construit dès la fin du XIXe, Tuilière sur la Dordogne en 1908, Ventavon sur la Durance en 1909.
            Le chantier ne fut ouvert qu’en 1916, notamment en raison de
l’arrêt général des travaux qui suivit la mobilisation de 1914. Les deux premières années de chantier se déroulent pendant la guerre, elles ne concernent que les travaux de terrassement, le gouvernement ayant demandé de réduire les travaux et de ne passer aucune commande de matériels métalliques en raison de la pénurie extrêmement grave de métaux qui régnait alors.
            Pour les travaux de terrassement des deux premières années, du fait de la guerre, il est fait appel à de nombreux travailleurs étrangers. On a parlé de 1300 ouvriers au moment des plus gros travaux. Une quinzaine de nationalités sont représentées : prisonniers allemands, surveillés par des réservistes français, 130 Arabes d’Algérie (Kabyles), 250 Espagnols, 100 Chinois (ou Indochinois).
            En 1956 à 1959, un bulbe de 8 MW est implanté dans la passe qui avait été réservée pour une écluse à l’extrémité sud de l’usine. Ce groupe a été l’un des prototypes pour la mise au point des groupes bulbes de l’usine marémotrice  de la Rance.


L’évacuation de l’énergie.

             Le poste extérieur de 120 000 volts, à été le premier de cette importance construit en France. La desserte de St Étienne et des aciéries de St Chamond a nécessité la construction de deux lignes à haute tension à 120 000 volts, les premières de l’hexagone à ce niveau de tension et qui de plus traversaient le massif montagneux du Pilat.

Conclusion.

             Première réalisation de la chaîne de la Basse vallée de l’Isère, la centrale de Beaumont-Monteux était intéressante à divers égards. Le régime de l’Isère étant différent de celui des rivières de la bordure orientale du Massif Central, la centrale devait compenser les déficiences saisonnières des centrales stéphanoises par les hautes eaux de l’Isère. Elle préfigurait le partenariat qui allait se développer pour la construction des gros ouvrages, la Société de l’Énergie électrique de la Basse Isère associait dans son capital un grand entrepreneur de travaux publics : les GTM, un exploitant de force et lumière : Loire et Centre et un gros utilisateur : la compagnie des Forges et Aciéries de la Marine à Saint-Chamond.

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